Au milieu des flammes courait Angélique, les yeux rougis, la robe souillée de cendre, fuyant le conquérant Anglais, respirant à peine. Les images des corps de ses parents, déchirés par le sabre, morcelés par la baïonnette, déflagrés par le mousquet et piqués par le moustique, la hantaient. Elle courait néanmoins à en perdre l’haleine, ayant réussi en se cachant dans le tas de fumier derrière la maison à tromper tout l’après-midi la vigilance de l’agressif conquérant, alors que tous ses proches tombaient sous les coups, ou se tortillaient sous le viol, en hurlant. Elle se sentait littéralement dans la merde, et se demandait comment s’en sortir. Elle s’était échappée finalement à la tombée du jour, avait longé la métairie ardente, dépassé les dépendances calcinées, franchi la ligne du moulin, rejoint le cours d’eau, perdant au fil des ronces des lambeaux de mousseline, des pans entiers de strass, des rubans de taffetas. Ses boucles étaient dénouées, emmêlées, sales : son enfance était pour toujours derrière elle.
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